Les enjeux du PRSE4 : l’approche « Une seule santé »

Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est le concept One Health ?

Le concept « One Health » ou « une seule santé » reconnait l’interdépendance entre la santé humaine, la santé animale et la santé des écosystèmes. Il promeut une approche globale et collaborative des enjeux sanitaires.

Cette idée d’interdépendance n’est pas nouvelle : en 1984, Calvin Schwabe, un épidémiologiste américain, introduit le terme « One Medicine » qui reconnait qu’« il n’y a aucune différence de paradigme entre médecine humaine et médecine vétérinaire. Les deux sciences partagent un corpus commun de connaissances en anatomie, physiologie, pathologie, sur les origines des maladies chez toutes les espèces. »

Au début des années 2000, le concept « One Health » prend une autre signification et se développe fortement. Historiquement, il était centré sur les maladies infectieuses zoonotiques (encadré 1) mais la définition est désormais plus large, incluant d’autres thématiques telles que l’alimentation ou l’eau (encadré 2).

Un exemple historique d’interdépendance entre santés humaine, animale et des écosystèmes.

Dans les années 90, en Asie du Sud-Est, le virus de l’influenza aviaire circulait chez les oiseaux sauvages. Faiblement pathogène, il ne posait aucun problème, ni pour les animaux ni pour les êtres humains. Avec les changements de pratiques agricoles, et notamment l’intensification de l’agriculture dans les zones humides (augmentation des surfaces de rizières et des zones d’élevage de canards et d’oies), les habitats naturels de la faune sauvage se sont retrouvés fragmentés. Les oiseaux sauvages et les volailles domestiques ont alors commencé à se côtoyer.

Chez les oiseaux domestiques, le virus de l’influenza aviaire a évolué vers des formes hautement pathogènes, pour les animaux mais aussi pour les humains. L’épidémie est devenue endémique dans les populations de canards, de poulets et d’oies, et a également contaminé l’être humain, jusqu’à provoquer 2 décès (en 1997 et 2003), chez des personnes en contact direct avec les volailles infectées.

Définition du principe « One Health » par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE), le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Le principe « Une seule santé » consiste en une approche intégrée et unificatrice qui vise à équilibrer et à optimiser durablement la santé des personnes, des animaux et des écosystèmes.
Il reconnaît que la santé des humains, des animaux domestiques et sauvages, des plantes et de l’environnement en général (y compris des écosystèmes) est étroitement liée et interdépendante.
L’approche mobilise de multiples secteurs, disciplines et communautés à différents niveaux de la société pour travailler ensemble à fomenter le bien-être et à lutter contre les menaces pour la santé et les écosystèmes. Il s’agit également de répondre au besoin collectif en eau potable, en énergie propre, en air pur, et en aliments sûrs et nutritifs, de prendre des mesures contre le changement climatique et de contribuer au développement durable.

Avez-vous des exemples de recherches menées par Oniris VetAgroBio Nantes sur ce sujet ?

Différents travaux de recherche en cours au sein de nos unités de recherche visent à étudier cet équilibre entre santé animale, santé des écosystèmes et santé humaine. En voici deux exemples, tous deux menés en lien avec l’INRAE.

Le premier, co-construit avec l’INSERM, a pour objectif de mieux connaître les expositions aux pesticides des éleveuses et de leurs animaux dans les exploitations bovines laitières du Grand Ouest. Les professionnelles travaillant dans ces élevages, comme leurs animaux, sont amenés à être en contact avec différents produits chimiques. Pourtant, les connaissances sur l’exposition aux pesticides de ces professionnelles et de leurs animaux sont très limitées et les conséquences sur leurs santés sont mal connues. Le projet a donc comme objectifs de décrire la diversité des molécules avec lesquelles les professionnelles sont en contact selon le mode de production de leur élevage (élevage agrobiologique ou élevage conventionnel) et d’analyser les échantillons prélevés sur les éleveuses et sur les bovins pour tester l’hypothèse selon laquelle les vaches du troupeau pourraient être considérées comme sentinelle de l’exposition professionnelle de l’éleveuse. A terme, le lien entre l’exposition aux produits chimiques et la santé, notamment la santé reproductive des femelles bovines (échecs d’insémination, gestations raccourcies) sera exploré. L’hypothèse étudiée ici concernera alors l’augmentation des risques pour la fertilité selon la nature et le niveau d’usage de pesticides de synthèse ou non.

Le second projet s’intéresse au rôle que peut jouer la configuration du paysage agricole dans la survenance des maladies transmises par les tiques à l’homme et au bétail. Il vise à étudier le lien entre les surfaces relatives de bois, de pâtures et de cultures, la diversité des espèces d’animaux hôtes (micromammifères, chevreuils, etc.), des tiques et des agents pathogènes (notamment les bactéries du complexe Borrelia burgdorferi, responsable de la maladie de Lyme). Ce projet teste l’hypothèse selon laquelle l’augmentation de la biodiversité des animaux hôtes engendre une diminution de la prévalence des agents pathogènes (effet de dilution) et par conséquent, une diminution de la probabilité de transmission de ces bactéries à l’humain.

Quel intérêt pour le PRSE4 d’intégrer ce concept d’« Une seule santé » ?

Tenant compte des changements majeurs à l’œuvre dans le monde (changement climatique, urbanisation, intensification de l’agriculture, accroissement de la population mondiale, déplacements des populations humaines et animales, etc.), nous rencontrons collectivement de nouveaux problèmes complexes qu’il va nous falloir résoudre pour préserver au mieux les santés des animaux, des végétaux, des humains et des écosystèmes. Citons par exemple l’émergence ou la réémergence de maladies infectieuses (notamment zoonotiques), l’augmentation de la résistance aux antimicrobiens, la diminution de la biodiversité, la contamination de l’environnement à différents produits chimiques, la baisse de la disponibilité de la ressource en eau, etc.

La région Pays de la Loire étant une grande région agricole et agroalimentaire, certaines de ces problématiques (liées aux modes d’élevage ou encore de fabrication et de consommation des aliments) peuvent y être particulièrement prégnantes. De nouvelles questions peuvent également se poser. Par exemple, l’éco-pâturage (sur les bords de routes, d’autoroutes ou en ville) est une pratique vertueuse sur certains aspects. Néanmoins, il peut être mis en œuvre sans réelle évaluation de la contamination possible des animaux (et à terme de des êtres humains via la consommation de leurs produits) par des polluants environnementaux.

Pour anticiper et répondre à ces nouvelles questions, prévenir les futures crises sanitaires, les acteurs en santé humaine, en santé animale, en santé végétale et de l’environnement doivent être capables d’unir leurs réflexions et d’agir ensemble. C’est là un enjeu fort du PRSE4 : apprendre à travailler ensemble, en transversalité. Il est également indispensable de renforcer les interactions entre la science, la société et la décision.

* Oniris École Nationale Vétérinaire, Agroalimentaire et de l’Alimentation à Nantes, est un établissement d’enseignement supérieur et de recherche du ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté Alimentaire. Il forme des étudiants (vétérinaires, ingénieurs, BTS, masters et docteurs de 3ème cycle) dans les domaines liés à la santé et à l’alimentation, animales et humaines. L’établissement contribue activement au concept « One Health ». Au total, il représente environ 1200 étudiants et 200 enseignants chercheurs et ingénieurs de recherche.
https://www.oniris-nantes.fr/

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